L'histoire de Sainte-Julie, racontée au fil de ses 175 ans
Chronique #1
La municipalité Sainte-Julie célèbre 175 ans d’existence en 2026, puisque c’est le 6 mai 1851 que les autorités gouvernementales reconnaissent officiellement son existence et procèdent à la délimitation du territoire.
Cette proclamation s’inscrit dans la continuité du décret canonique du 27 novembre 1850, qui établissait limites de la « paroisse de Sainte-Julie ». De nature strictement ecclésiastique, ce décret devait être entériné par les autorité civiles afin d’acquérir toute sa portée légale. La municipalité est alors érigée en vertu de l’Acte 8 Vict. Chap. 40, puis proclamée officiellement le 6 mai suivant par le gouverneur général de la Province du Canada.
En 1851, la vie paroissiale, omniprésente, se structure autour d’événements marquants : la bénédiction de l’église, la célébration de la première messe, les premiers baptêmes, mariages et sépultures ainsi que la première assemblée de fabrique.
Sur le plan municipal, la reconnaissance juridique et la délimitation du territoire assurent à Sainte-Julie une représentation officielle (deux membres) au sein de la Corporation municipale du comté de Verchères, précurseur de la municipalité régionale de comté (MRC).
Parallèlement, la vie civile se manifeste par la réalisation d’un premier recensement nominatif et agraire durant l’hiver 1851-1852. On y dénombre 1251 habitants, soit 660 hommes et 591 femmes, regroupés en 190 familles.
Enfin, la vie scolaire prend forme avec la création, en juin 1851, de la municipalité scolaire de Sainte-Julie (future commission scolaire)
Ces structures paroissiales, municipales et scolaires permettent aux habitants de développer un sentiment d’appartenance à un territoire désormais reconnu et clairement défini, favorisant l’édification d’une collectivité julievilloise organisée et tournée vers l’avenir.

Chronique #2
Animée d’une profonde foi religieuse, Julie Gauthier dite Saint-Germain, veuve du marchand Pierre-Eustache Lussier, fit don à la fabrique de Varennes d’un terrain de six arpents situés au sud du chemin de la Reine (aujourd’hui la rue Principale), Elle posa toutefois une condition importante : lorsque le territoire du Grand Coteau deviendrait une paroisse, celle-ci devrait être placée sous le patronage de sainte Julie, sa sainte patronne.
Qui était sainte Julie
Selon la tradition, sainte Julie était la fille d’un noble de Carthage au Ve siècle. Capturée puis vendue comme esclave, elle demeura fidèle à sa foi. Lors d’une escale en Corse, elle refusa de participer à une fête païenne et fut martyrisée puis clouée sur une croix. Généralement, elle est représentée vêtue à l’antique, pieds nus. Sa fête est célébrée le 22 mai.
Un héritage artistique
L’église de Sainte-Julie possède également un lien avec l’artiste québécois Ozias Leduc. Son œuvre Le martyre de sainte Julie se trouve toujours derrière l’autel de l’église, dissimulée sous une toile blanche. Le tableau représente la sainte au moment de son martyre, juste avant son élévation au ciel.
Consultez la vidéo : Mémoire de nos aînés - La toile cachée d'Ozias Leduc - https://www.youtube.com/watch?v=9zqJtgARs6M

Chronique #3
Les soirées dansantes
Au début des années 1920, les loisirs gagnent en popularité à Sainte Julie. Des soirées dansantes sont notamment organisées à la salle paroissiale Saint Jean Baptiste et même à l’école du village. Ces activités attirent les jeunes, mais elles suscitent aussi les inquiétudes du curé Lessard.
À l’automne 1920, celui-ci met en garde les parents contre les risques associés aux retours tardifs après les veillées, particulièrement lorsque de jeunes couples se retrouvent seuls au milieu de la nuit.
Dans un sermon, il rappelle aux familles la responsabilité morale qu’il attribue aux parents :
« Parents chrétiens, vous savez que vous êtes responsables de l’âme de vos enfants. S’ils se perdent par votre négligence ou votre faiblesse, vous en rendrez compte devant le Bon Dieu. »
Certaines mères tentent alors de rassurer le curé en lui affirmant que leur fille et le jeune homme qui la fréquente sont de bonnes personnes. Le curé répond qu’il ne doute pas nécessairement de leurs intentions, mais estime qu’il faut tout de même éviter les situations où les jeunes se retrouvent seuls, surtout la nuit.
Pour appuyer son argument, il cite la recommandation d’un saint à une mère :
« Quand bien même le jeune homme qui fréquente votre fille serait un ange descendu du ciel, ne la laissez pas seule avec lui. »
Le curé Lessard conclut en invitant les parents à demeurer vigilants à l’égard de leurs enfants, jeunes ou moins jeunes, et à faire preuve de fermeté lorsque leur vie spirituelle est en cause… afin de conserver leur âme pure !
Soirée canadienne
Le 18 décembre 1971, Sainte-Julie est mise à l’honneur à l’émission télévisée « Soirée canadienne », diffusée sur la station CHLT-TV à Sherbrooke. Cette émission populaire recrée l’ambiance des veillées traditionnelles québécoises dans un décor de maison canadienne d’autrefois. Les participants, tous originaires du même village, y présentent des éléments du patrimoine culturel local.
Les invités font revivre les traditions folkloriques grâce à des chansons à répondre, des gigues, des rigodons et divers numéros musicaux afin de faire connaître les talents et les traditions de Sainte-Julie à un large public.

Chronique #4
Le cinéma à Sainte-Julie
Au début du XXe siècle, l’arrivée du cinéma suscite autant de fascination que d’inquiétude. Au Québec, le Bureau de censure des vues animées est créé en 1913 afin de surveiller le contenu des films projetés au public. À cette époque, l’Église désapprouve le théâtre.
À Sainte Julie, cette prudence se traduit par une décision municipale importante. En octobre 1921, le conseil municipal adopte un règlement interdisant la représentation de « vues animées » sur l’ensemble du territoire de la municipalité.
Comme il s’agit d’une œuvre patriotique et nationale, on permet la projection du film « Les Croisades ou La Jérusalem délivrée » à l’été 1924. Mais d’autres films ne plaisent pas à la gente cléricale.
La question revient en force au printemps 1925. Lors de son prône du 3 mai, le curé Lessard exprime ouvertement son opposition à l’établissement d’un cinéma permanent dans la paroisse. Il ne s’oppose pas à toute forme de spectacle. Il accepte volontiers les pièces de théâtre à caractère moral ou éducatif lorsqu’elles servent les œuvres paroissiales. Mais il voit dans le cinéma un danger beaucoup plus grand :
« Qu’il y ait ici un théâtre de vues animées, sous prétexte de faire l’éducation intellectuelle et morale de nos gens, déforme la conscience de nos enfants et de notre bonne population et draine l’argent de notre peuple au profit de je ne sais quel individu. »
Selon lui, même la censure gouvernementale ne suffit pas à garantir la qualité morale des films présentés :
« Et quand les bonnes vues n’attirent pas assez de clientèle, ils passent des vues moins bonnes, des vues mauvaises et cela malgré la censure. »
En octobre 1942, Sainte-Julie accueille sa première séance de « vues parlantes », c’est-à-dire de cinéma sonore. Le film présenté, « La Vierge du Rocher », est tout à fait en accord avec les sensibilités religieuses du moment. L’histoire met en scène une famille pieuse, une autre incroyante ainsi qu’un petit garçon se déplaçant avec des béquilles, qui retrouve l’usage de ses jambes à sa foi en Notre-Dame-de-Lourdes.

Chronique #5
Le passé agricole de Sainte-Julie
À la suite de la fondation de Sainte-Julie, un recensement réalisé durant l’hiver 1651-1652 montre que l’agriculture constitue l’activité économique principale.
Une exploitation agricole moyenne comprend alors 67 arpents de terre (43 arpents en culture, 24 arpents en forêt). Parmi les terres cultivées, 25 arpents sont consacrés aux récoltes et 18 arpents servent de pâturage.
La ferme typique possède 7 moutons, 3 vaches laitières, 3 cochons et 2 chevaux. Les récoltes moyennes comprennent notamment plus de 700 bottes de foin, 95 minots d’avoine, 53 minots de blé, 33 minots de pois et 15 minots de pommes de terre. Les habitants produisent également de la laine, des étoffes, de la flanelle et du sucre d’érable.
Ces données démontrent qu’en 1851, Sainte-Julie est une société rurale fortement orientée vers l’agriculture et particulièrement vers la production laitière. Cette vocation agricole se maintient jusqu’aux environs de 1960.
Les grains de semence
À partir de 1915, le curé bénit chaque année les grains de semence. Cette cérémonie vise à placer les récoltes sous la protection de la Providence afin d’obtenir de bonnes récoltes et de limiter les dommages causés par les intempéries.
Durant la crise économique des années 1930, les agriculteurs connaissent d’importantes difficultés financières. Pour les aider, le gouvernement du Québec adopte la « Loi des grains de semence », qui permet aux municipalités de soutenir l’achat de semences.
Les grains sont alors transportés de Montréal jusqu’à la gare de Saint-Bruno par le Chemin de fer National du Canada. Grâce à ce programme, 52 cultivateurs de Sainte-Julie reçoivent une aide pour effectuer leurs semailles.
